Vivre dans l'équanimité, une des clés du bonheur
« Soyez
des passants. » (Évangile selon Thomas[1])
« Que rien ne te
trouble. » (Thérèse d’Avila)
« Ce ne sont pas les choses
extérieures qui nous nuisent par elles-mêmes, c’est attachement que nous y
avons. » (Archange Enguerrand)
« De
même qu’un roc solide n’est pas ébranlé par le vent, ainsi le sage n’est pas
agité par les louanges ou le blâme. » (Dhammapada)
L’équanimité est une disposition
de détachement et de sérénité à l’égard de toute sensation ou évocation,
agréable ou désagréable. Elle se caractérise par le fait de ne pas être troublé
par ce qui nous arrive, les événements extérieurs n’ayant plus de prise sur
nous. Dans l’Évangile selon Thomas, Jésus nous incite à plusieurs reprises à
considérer le monde extérieur avec un certain détachement, à tourner notre
regard vers l’intérieur de nous-mêmes pour trouver la sérénité et d’éviter,
autant que possible, de nous laisser emporter par nos émotions, symbolisées par
le lion dans le verset suivant : « malheureux
l’homme que le lion mangera, alors l’homme deviendra lion. »[2]
De son côté, la Bhagavad Gîtâ
nous conseille de « ne pas nous exalter quand
survient quelque chose d’agréable, et de ne pas nous affliger devant les
circonstances désagréables »[3] car
« ceux qui n’ont aucun attachement, qui sont
égaux face aux circonstances, ni exaltés dans l’obtention des résultats
désirés, ni troublés par des résultats défavorables, ceux-là sont fermement
ancrés dans la Sagesse. »[4] Une
des clés pour y arriver consiste à prendre les choses telles qu’elles sont et
non pas telles que l’on voudrait qu’elles soient, et donc d’accueillir d’une manière détachée et sereine, tout ce qui nous
arrive.
Etty Hillesum, qui a atteint
très jeune un niveau spirituel élevé, est l’un des exemples de cette
équanimité. Même dans l’enfer du camp de rassemblement des Juifs hollandais de
Westerbork, pendant la Seconde Guerre mondiale, où elle s’activait pour aider
les familles en transit pour les camps de concentration, elle a gardé une
grande sérénité et a pu ainsi aider de nombreux déportés, avant d’être
elle-même déportée et assassinée à Auschwitz[5].
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| Le camp de transit de Westerbork où œuvrait Etty.[6] |
Voici comment Etty décrivait son
état d’esprit : « ce n’est jamais le
monde extérieur qui m’attriste, c’est toujours ce sentiment en moi, abattement,
incertitude ou autre, qui donne aux choses extérieures leur coloration triste
ou menaçante. Chez moi tout va de l’intérieur vers l’extérieur, non en sens
inverse. Généralement les mesures les plus menaçantes – et elles ne
manquent pas en ce moment – viennent se briser sur ma certitude intérieure
et ma confiance et, ainsi filtrées en moi, perdent le plus clair de leur
caractère menaçant. »[7]
![]() |
| Etty Hillesum[8] |
De son côté, Thérèse de Lisieux
ajoutait : « La joie intérieure réside au
plus intime de l’âme ; on peut aussi bien la posséder dans une obscure
prison que dans un palais ». Équanimité ne veut pas dire
indifférence, froideur ou égoïsme, ni fermer les yeux sur les problèmes des
autres ou du monde, mais permet de garder de la présence d’esprit en toutes
circonstances et ouvre à une plus grande liberté et à un amour universel.
Nous
nous créons souvent nos propres épreuves, à l’image de ce qu’écrit Clément
d’Alexandrie (c.150- c.215)[9] un philosophe qui cherchait à rapprocher la pensée grecque du
Christianisme : « la pire persécution est
la persécution venant de l’intérieur de nous-mêmes, des plaisirs et des
passions. Dans ce cas, on ne peut pas éviter ces persécutions, comme on
trimbale l’ennemi avec nous partout ». De la façon dont nous
réagissons intérieurement aux vicissitudes extérieures dépend en grande partie
notre bonheur. Le sage traverse la vie d’humeur égale, il se dissocie du
tumulte ambiant, du brouhaha, rien ne l’atteint. Et ainsi, il trouve le
bonheur.
Extraits de mon livre « Explorer son Royaume Intérieur » paru chez Bookelis
[1] Logion 42
[2] Logion 7
[3] La Bhagavad Gîtâ 5.20
[4] La Bhagavad Gîtâ
2.57
[5] Hillesum Etty « Une
vie bouleversée » (Seuil 1995)
[6] Photo : Site officiel du
camp de Westerbork.
[7] Hillesum Etty « Une vie bouleversée » (Seuil 1995)
page 122
[8]
Image : Wikipédia
[9] Auteur des « Stromates »


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