La redécouverte de l’Évangile selon Thomas


Nous allons voir maintenant dans quelles conditions rocambolesques l’Évangile selon Thomas  a été retrouvé en Égypte. Les « Pères de l’Église »[1] citaient bien un « Évangile de Thomas » mais nous n’avons pas de certitudes qu’il s’agissait de notre évangile car plusieurs textes attribués à l’apôtre Thomas circulaient, comme, par exemple, un récit de l’enfance de Jésus.
La première découverte importante eut lieu à la fin du XIXe siècle. À partir de 1896, deux jeunes universitaires anglais[2] entreprirent des fouilles sur le site d’Oxyrhynque, dans le sud de l’Égypte. Ils y découvrirent des centaines de papyri, des poèmes, des comédies mais aussi des fragments de textes chrétiens canoniques comme l’Évangile selon Matthieu (EsMat), ou apocryphes[3] comme l’Évangile selon Thomas. Les conditions désertiques de la Haute Égypte sont idéales pour la conservation des papyri. Les deux archéologues britanniques découvrirent vingt fragments de l’EsT écrits en grec, les plus anciens extraits jamais retrouvés de cet évangile. L’histoire en restera là jusqu’en 1945.

Les papyri d’Oxyrhynque 1, 654 et 655
Les papyri d’Oxyrhynque 1, 654 et 655[4]

En 1945, à la recherche d’engrais naturel, près de Nag Hammadi, dans le sud de l’Égypte, Mohammed Ali Samman déterra une jarre de terre rouge, haute d’un mètre environ et scellée par du goudron. Selon certains témoignages, un squelette se trouvait près de la jarre. À l’intérieur, le paysan découvrit treize codices[5].
Sans le savoir, Mohammed Ali Samman venait de faire une découverte exceptionnelle. Rentré chez lui, il déposa les manuscrits sur son tas de bois, et certains d’entre eux servirent à allumer le feu. Inquiet d’une possible enquête de la police suite à un règlement de compte familial, il vendit les manuscrits qui se retrouvèrent sur le marché noir au Caire. Les papyri attirèrent l’attention des autorités égyptiennes qui en firent l’acquisition. Ils se trouvent depuis lors au musée copte du Caire.

Les étuis en cuir qui protégeaient les codices
Les étuis en cuir qui protégeaient les codices.[6]

L’actualité en 1945 a éclipsé cette découverte, pourtant capitale, et l’étude des manuscrits ne commença véritablement qu’à partir de 1955-56.[7] Un des codices, surnommé le codex Jung, fut sorti illégalement d’Égypte. Il est maintenant la propriété de la Fondation du même nom de Zurich qui en fit l’acquisition afin de l’offrir comme cadeau d’anniversaire au psychanalyste Carl-Gustav Jung. Il est à noter que le texte de l’EsT trouvé à Nag Hammadi n’est pas une traduction fidèle des papyri d’Oxyrhynque, certaines paroles y étant arrangées différemment.[8]
Malgré toutes ces vicissitudes, l’EsT, le joyau de la collection de Nag Hammadi, nous est parvenu quasiment intact. Cet évangile apocryphe est composé de 114 paroles (logia) de Jésus écrites en copte[9] et retranscrites, comme il est précisé dans le préambule, par un certain Thomas. La plupart d’entre elles commencent par « Jésus a dit… ». Certaines ont des parallèles plus ou moins proches dans les évangiles canoniques, mais une quarantaine est totalement inédite. Et même les logia de l’EsT qui ressemblent à ceux des Canoniques diffèrent généralement quant à leur signification.

Extraits de mon livre « Explorer son Royaume Intérieur » paru aux éditions Bookelis




[1] Les premiers auteurs chrétiens « orthodoxes », de la « grande Église »
[2]  Bernard P. Grenfell et Arthur S. Hunt du Queens Collège d’Oxford.
[3] Apocryphe : ce terme qualifie les textes religieux qui ne sont pas reconnus officiellement par l’Église, qui n’appartiennent pas au « Canon ».
[4] Image libre de droits car photographie datant de plus de 70 ans.
[5] Codex (pluriel codices) : dans l’Antiquité, livre de feuilles reliées ensemble. Précurseur du livre moderne, le codex a progressivement remplacé les rouleaux de papyrus.
[6] Image libre de droits car photographie datant de plus de 70 ans.
[7] Les premières traductions furent publiées à la fin des années 50, dans un cercle très restreint.
[8] Certains versets se retrouvent dans des logia différents.
[9] La langue copte est issue de la langue vulgaire usitée jadis en Égypte à la suite des hiéroglyphes. L’alphabet copte, semblable au grec en majuscules, est complété par sept caractères démotiques qui servent à noter des sons que l’alphabet grec ne pouvait retranscrire. Cette langue est toujours utilisée pour la liturgie des Chrétiens d’Égypte, les Coptes.

Commentaires