Le compilateur présumé de l'Évangile selon Thomas
L’auteur
présumé, Jude, est clairement mentionné au début du texte. Il est surnommé
Thomas « le jumeau »[1]. Il
aurait été plus logique de l’appeler « l’Évangile selon Jude » car le
second terme est juste un qualificatif.
Jude Thomas était un frère de Jésus et l’un
de ses disciples, ce qui explique la
proximité dont il fait preuve vis-à-vis de lui dans l’Évangile selon Thomas(EsT). Il l’appelle tout
simplement « Jésus » et non pas « Rabbi » ou le Christ.
Dans l’Évangile selon Thomas, le
qualificatif répété de « jumeau » signifie aussi que son auteur ne
faisait plus qu’un avec son célèbre frère. Ainsi, cet écrit nous montre son
compilateur comme une personne aboutie, un « éveillé », qui a mis en
pratique les enseignements qu’il a rassemblés.[2]
L’Évangile selon Jean(EsJ) le
mentionne lors de l’épisode de la mort et de la résurrection de Lazare :
« Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres
disciples : ‘‘ Allons-y, nous aussi, mourrons avec lui ! ’‘ »[3] Il y apparaît sous un jour plutôt
fougueux. Les Évangiles selon Jean
et selon Thomas ne mettant pas en avant la même approche du Divin, il est
compréhensible que le personnage de Thomas chez le premier paraisse parfois un
peu excessif.
Notre auteur est également cité
plus loin dans l’EsJ, où il demande à Jésus : « Nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le
chemin ? » Celui-ci lui répondit par la formule célèbre :
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul
ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon
Père. »[4] On voit que Thomas est
associé dans l’Évangile selon Jean à la Connaissance et à la recherche du
Chemin, de la vérité et de la Vie, et il n’est donc pas étonnant que
l’évangile, qui lui est attribué, parle des mêmes sujets.
Mais Thomas est surtout connu à
cause du fameux passage de l’Évangile selon Jean dans lequel Jésus, après sa
résurrection, lui suggère de toucher ses plaies pour s’assurer que c’est bien
lui : « place ton doigt ici, vois mes
mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et
crois ! » Son disciple lui
aurait répondu : « Tu es bien mon Seigneur
et mon Dieu ! ». Jésus ajouta « Parce que tu me vois, tu crois.
Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. »[5]
L’expression « Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je
vois » est passée dans le langage courant.
![]() |
| Thomas touchant les plaies du Christ.[6] |
Ce n’est pas un hasard que cet
évangile lui soit attribué. En
effet, quand on lit cet épisode, on se rend compte qu’il a besoin
d’expérimenter pour croire. Et, de même, l’évangile qui porte son nom fait
appel, non pas à la croyance ou à la foi, mais à la vérification par soi-même,
à l’expérience directe.
On dispose de peu d’informations
fiables sur cet apôtre. Une tradition le décrit comme ayant évangélisé la
Syrie, la Mésopotamie et la Perse. Il se serait rendu ensuite aux Indes vers
l’an 52. Il y serait mort en martyr, tué à coups de lance, en l’an 72, près de
Mylapore[7] On
lui attribue la fondation de sept lieux de culte dans le Kérala.[8]
Il faut savoir que beaucoup de
textes bibliques sont pseudépigraphes, c’est-à-dire attribués à un auteur au
nom parlant, mais qui n’en est pas le véritable auteur. Ainsi, l’Évangile selon
Jean n’a sans doute pas été écrit par le disciple de Jésus, qui était mort
depuis longtemps. De même il existe de nombreux textes attribués à Jacques,
Pierre ou Philippe, d’autres proches de Jésus. C’était une pratique très
courante à l’époque de placer un texte sous le patronage d’un
« saint », cela lui donnait plus de crédit. Il y a même eu un
Évangile selon Ève… D’autres écrits sont
attribués à Thomas, comme les « Actes
de Thomas »,[9] qui
sont visiblement postérieurs à l’EsT, et n’ont probablement pas été composés
par lui.
Dans le cas présent, bien que
cela ne soit pas prouvé formellement, il est fort possible que Thomas soit
l’auteur de l’Évangile qui porte son nom, ou du moins son inspirateur. L’auteur
de cet évangile était assurément un homme d’une intelligence et d’une vision
spirituelle hors normes, qui a écrit un livre à tiroirs, à plusieurs niveaux de
lecture.
Extraits de mon
livre « Explorer son Royaume Intérieur » paru chez Bookelis
[1]
Possiblement le jumeau de Simon, un autre frère de Jésus. Les Actes de Thomas le décrivent comme le
jumeau de Jésus.
[2] Logion 13
[3] Jean 11.16
[4] Jean 14.5-7
[5] Jean 20.26-29
[6] Retable peint vers 1480 par
Martin Schongauer (Musée Uberlingen de Colmar) Image : Wikimedia Commons
[7] Son tombeau se trouve dans la
crypte de la basilique Saint-Thomas à Chennai. Selon une autre tradition, ses
reliques furent transportées à Édesse (Ourfa en Turquie), par un marchand au
IIIe siècle. En Inde, on continue à vénérer son tombeau, vraisemblablement
vide, qui a été retrouvé par des Portugais en 1517.
[8] S.O. de l’Inde
[9] Un écrit chrétien apocryphe
relatant l’évangélisation d’une partie de l’Inde par cet apôtre. Il contient
des traces gnostiques.

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